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Formation petite enfance : comment accompagner les équilibres du jeune enfant au quotidien ?

Published : 02/03/2026Updated : 02/03/20267 min. of reading
Nathalie Bétheuil, psychomotricienne, répond aux questions d’IPERIA dans le cadre de la semaine de la petite enfance 2026 consacrée aux équilibres
Nathalie Bétheuil, psychomotricienne, répond aux questions d’IPERIA dans le cadre de la semaine de la petite enfance 2026 consacrée aux équilibres
À l’occasion de la Semaine de la petite enfance, consacrée cette année au thème des « équilibres », nous avons rencontré Nathalie Bétheuil, psychomotricienne. À travers son regard d’experte, elle met en lumière le rôle déterminant que jouent les professionnels de l’accueil à domicile _ assistants maternels et assistants parentaux _ dans la construction des équilibres corporels, émotionnels et relationnels du jeune enfant.

Quand on évoque les “équilibres” chez le jeune enfant, de quoi parle-t-on exactement ?

Je débuterais en rappelant que le développement psychomoteur, c’est le lien entre ce qui se passe dans le corps (les mouvements et les sensations), dans le cœur (les émotions) et dans la tête (les pensées), dans un environnement matériel, avec l’aménagement de l’espace et les jeux, et toutes les personnes qui s’occupent de lui. 

Concernant l’équilibre, il ne relève pas seulement du fait de tenir debout. Il dépend aussi de données corporelles très précises : le visuel, la proprioception (la sensibilité profonde qui permet de se représenter son corps dans l’espace) et le système vestibulaire, situé dans l’oreille interne. Ces trois systèmes sensoriels contribuent à l’équilibre. Mais il y a aussi l’environnement : humain et matériel. L’espace, le sol, les objets, la qualité du lien… tout cela participe à la construction des équilibres.

Comment les professionnels contribuent à l’équilibre corporel de l’enfant au quotidien ?

L’équilibre, c’est trouver des appuis, évoluer entre le vide et le plein. Et il faut rappeler qu’il n’y a pas d’équilibre sans déséquilibre. La marche, par exemple, est une succession d’équilibres et de déséquilibres. C’est la mise en mouvement. Cela suppose de proposer à l’enfant de trouver ses propres appuis.

Par exemple, si on l’installe en position assise alors qu’il n’est pas prêt, il devra ensuite reprendre confiance pour retrouver ses appuis. Il en va de même pour la marche : mieux vaut attendre qu’il y arrive par lui-même. Les professionnels jouent un rôle essentiel : créer les conditions de l’exploration, en sécurité, sans faire à la place de l’enfant.

Qu’en est-il de l’environnement matériel ?

C’est un paramètre très important à prendre en compte. On pense souvent qu’un bébé doit être installé sur du mou. En réalité, il a besoin d’un sol ferme pour prendre appui et construire son équilibre.

Les vêtements comptent aussi : un pantalon trop serré, des chaussettes glissantes peuvent entraver le mouvement. Les pieds nus sont recommandés, ou les chaussures souples qui permettent à la cheville de bouger librement.

A l’extérieur, un simple toboggan est une formidable expérience d’équilibre. Je conseille de proposer à l’enfant de commencer en bas plutôt qu’en haut, pour qu’il découvre la pente et teste ses appuis.
Même chose avec une marche, un canapé, un trampoline : l’enfant expérimente, teste la hauteur, joue avec la gravité.

Quel rôle joue l’environnement humain dans ces équilibres ?

L’environnement humain est fondamental. Lorsqu’un enfant se sent suffisamment sécurisé affectivement, il peut explorer. Il fait le plein, puis il “décolle” dans un périmètre de sécurité… avant de revenir à bon port s’il en ressent le besoin. La sécurité affective est le carburant de l’exploration.

Le portage, par exemple, nourrit cette sécurité. Plus l’enfant vit des moments de corps à corps rassurants et enveloppants, plus il pourra ensuite s’éloigner avec confiance. Tout est question de dosage.

Je préconise également de mettre des mots sur ce que fait l’enfant, comme une forme d’audiodescription (« Tu montes la marche, tu regardes en bas, tu descends doucement ») ou encore, dans un registre émotionnel : « C’est haut ! Ça te fait un peu peur ? Moi aussi ! ». Cet échange, c’est une véritable pépite pour la régulation émotionnelle. L’enfant se sent reconnu dans ce qu’il vit.

Bouger contribue aussi à la concentration. Le mouvement n’est pas l’opposé du calme : il en est une des conditions. 

Comment trouver le juste équilibre entre protection et autonomie ?

Protéger est le rôle de l’adulte. Mais il faut veiller à ne pas basculer dans la surprotection. Si un enfant déséquilibre une chaise et que l’adulte la remet immédiatement droite, il ne pourra pas prendre conscience qu’elle peut tomber et que cela peut être dangereux. Il a besoin d’un espace de déstabilisation pour apprendre le danger. Au parc comme au domicile, grimper, sauter, tomber parfois — en prenant des risques mesurés —, cela participe à la construction de la confiance en soi. Sans prise de risque, pas d’apprentissage.

En quoi la professionnalisation est-elle essentielle pour accompagner ces équilibres ?

Se former aux étapes du développement psychomoteur est fondamental car on ne perçoit pas toujours que les enjeux ne sont pas seulement moteurs, mais aussi psychiques et relationnels. L’accompagnement des émotions est également central. Quel que soit le sujet, ce sont toujours les émotions qui importent. 

Ensuite, il est nécessaire d’ancrer ces connaissances dans le quotidien : échanger entre professionnels, partager ses observations, ajuster ses pratiques… c’est précieux. Dans la relation avec les parents, il ne s’agit pas de transmettre des injonctions à faire ceci ou dire cela. La première question à poser est : « Pourquoi avez-vous fait ce choix ? ». Il faut garder en tête que les parents composent avec de nombreuses influences : les amis, la famille, les professionnels. L’enjeu est de coconstruire, d’apporter de la nuance, de prendre en compte chacun : parents, professionnels et enfant.

Quelles peuvent être les conséquences d’un manque d’équilibre dans les premières années ?

Les premières années sont les fondations de la maison. Un manque d’équilibre peut avoir des conséquences sur la confiance en soi, la relation à l’autre, les capacités d’apprentissage. Le bébé, in utero, n’a pas à se porter. Après la naissance, tout son travail est de construire ses équilibres. Je dirais que la clé est de permettre à l’enfant d’apprendre à mieux se connaître, dans son corps, dans ses émotions et dans son rapport au monde.



       
      « Observer comme un Sherlock Holmes avant de décrypter »

      Certains signaux peuvent alerter :
      • L’« enfant sage » qui observe mais ne passe pas à l’action.
      • L’enfant en hypervigilance, qui bouge sans cesse et semble insécurisé.

      « Dans les deux cas, il ne s’agit pas de forcer. Respecter le rythme est essentiel. Le professionnel observe, décrypte, ajuste. Il crée un cadre sécurisant pour que l’enfant se mette en mouvement par lui-même ».    

Professionnels de l’accueil à domicile : développez vos compétences

Pour accompagner les équilibres de l’enfant au quotidien, la formation est un véritable levier. Avec l’offre de formation du secteur, il est possible de construire des fondations solides pour les enfants que vous accompagnez. 
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